Lundi, nous sommes gonflées à bloc, on veut travailler, on veut ramasser des oranges! On est prêtes à travailler six jours sur sept sans se plaindre tant qu'on gagne de l'argent! Comme nous ne commençons que mardi, nous profitons de notre journée pour visiter Loxton. Enfin, visiter est un grand mot, Loxton se résume à une rue principale avec quelques boutiques et une bibliothèque. Bon, on s'en fout, nous, on est juste ici pour travailler! Le soir dans la cuisine de notre auberge, nous rencontrons quelques personnes qui nous apprennent que si nous sommes ici pour gagner de l'argent, alors nous sommes mal tombées, qu'il est pas impossible mais presque de réussir à faire plus de 3 bins par personne. Bon, doit-on croire toutes ces personnes et partir maintenant ou attendre le lendemain? Comme nous sommes très (trop) optimistes, nous décidons de voir le lendemain.
Mardi, 4h du matin, nous sommes débout, prêtes assez rapidement, on veut des oranges, des ORANGES!!! Mais avant d'avoir des oranges, nous avons une bonne heure de route pour nous rendre dans le champ. On a presque le temps de finir notre nuit. A 6h, nous arrivons à destination. Contrairement au Queensland où il faisait chaud dès le levé du soleil, ici on se les caille (bon je sais en ce moment c'est le grand froid sur la France donc nos petits 5/10°C seraient une canicule pour vous!). Alors que la plupart des gens partent dans les rangées d'orange, nous devons attendre avec une dizaine de personnes puisque nous sommes nouvelles. La patronne arrive et nous parle pendant deux heures pour nous expliquer comment remplir des papiers, elle nous raconte sa vie alors que nous, on veut juste aller bosser. Finalement, à 8h, on nous emmène enfin dans les allées d'orange. Et là, on apprend qu'on doit travailler par deux et donc que ce qu'on gagnera dans la journée sera divisée par deux. Mouais, je commence à comprendre pourquoi ce n'est pas un si bon plan de bosser dans les oranges... Enfin, avec Chloé on est motivée donc on se dit que même si on bosse ensemble, on peut réussir à faire au moins 6 bins par jour soit 75$ chacune. On commence donc à ramasser les oranges. Comme les oranges sont hauts, il faut monter sur une échelle pour pouvoir attraper toutes les oranges. Et il ne faut pas en oublier une seule sous peine de se voir retirer 5$ sur sa bin. Mouais, d'accord... Très vite, on se rend compte qu'on nous a mise dans une rangée déjà faite. Nous devons donc retrouver notre contrôleur pour se plaindre et avoir une autre ligne. Encore un quart d'heure de perdu. On se dit que cette journée ne comptera pas, ce sera impossible de faire nos 6 bins surtout que le travail se termine à 16h et qu'il est déjà plus de 9h30. Finalement, on nous attribue une bonne allée et on peut travailler. Deux heures et demi et deux bins plus tard, nous sommes assez contentes de nous. Ramasser des oranges est moins difficile que ramasser des tomates, moins salissant aussi. Les sacs deviennent vite lourds mais c'est gérable. Avant de prendre notre pause de midi, nous voulons récupérer une nouvelle bin mais là ô surprise on nous apprend qu'il n'y a plus de bins disponibles, qu'il faut attendre. Attendre d'accord mais quoi? Nous déjeunons donc et allons ensuite trouver notre contrôleur qui nous dit qu'en faites on a fini de travailler pour aujourd'hui. Comment ça, on a fini pour aujourd'hui? Nos cerveaux ont du mal à enregistrer la chose, vient-on vraiment de ne gagner que 25$? On râle, on espère que les jours suivants ne seront pas comme ça. Comme nous sommes encore optimistes, on y croit.
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| Séance photo avec nos amies les oranges |
Mercredi, rebelote. Debout 4h, une heure de bus mais cette fois-ci, on attaque direct à 6h. Parfait, on va se faire plein d'oranges aujourd'hui. Aux alentours des 10h, on a pratiquement fini notre seconde bin quand notre contrôleur nous annonce que comme la veille il n'y aura pas d'autres bins. On se fout vraiment de nous. On lui explique qu'on ne peut pas travailler pour gagner à peine 25$ par jour, qu'à ce rythme là, il nous faudra six mois pour réunir assez d'argent pour continuer à voyager. Il nous dit qu'il n'y est pour rien, que les prochains jours devraient être meilleurs et que de toute façon c'est la crise partout. Il y a trop d'orange pour rapport au besoin des agriculteurs. On ne peut pas travailler dans les vignes, les vendanges sont faites par des machines et comme il y a eu une tempête à Noël, il n'y a plus de pommes! Et ben, on est mal barré. On rentre dépitées à l'auberge, il est à peine 13h, qu'est-ce qu'on va faire de notre journée? Nous allons à la bibliothèque pour se connecter à internet. On ne veut pas encore s'avouer vaincu mais en rentrant nous découvrons qu'il n'y aura pas de travail pendant trois jours soit pas avant dimanche! Là, on se dit que ce n'est pas possible, qu'il faut qu'on trouve une autre solution, qu'on s'échappe de ce trou!
Jeudi et vendredi, nous passons notre temps libre à chercher une nouvelle auberge dans les environs mais il n'y a pas grand chose voir même rien. Au fur et à mesure que le désespoir s'empare de nous, une idée totalement folle émerge dans nos têtes. Et si on retournait à Childers? Les taïwanais qu'on avait rencontré là-bas y sont retournés et ils ont l'air d'avoir du travail. Un petit mot sur facebook nous le confirme, ce n'est pas des boulots de rêve mais il y en a. Ni une ni deux, on change nos plans, on regarde le prix du voyage pour nous y rendre. C'est cher, très cher. Si on décide de retourner à Childers, on y laisse pratiquement toutes nos dernières économies. Qu'est-ce qu'on fait? A quel point est notre désespoir? Rester et attendre qu'il y ait du boulot? Partir, dépenser tout notre argent en espérant trouver quelque chose de mieux? Finalement, après avoir appelé Childers pour s'assurer qu'il y ait du boulot, nous prenons notre décision samedi. Nous y retournons. C'est un peu fou comme décision. Nous avons près de 4000km à parcourir, 46h de train+bus, trois jours de voyage au total mais c'est toujours mieux que de rester ici. Seul point négatif (enfin on espère que ce sera le seul!), comme on remonte dans le Queensland, on ne pourra sans doute pas se rendre à Perth... Tant pis, l'Australie est un grand pays, on ne peut pas tout voir en à peine 7 mois, faudra revenir!
Nous passons notre dernière à Loxton avec Gaéle et Simon, nos amis français rencontrés à Childers justement, qui ont trouvé du travail dans une ferme d'orange à vingt minutes de Loxton. Ca fait du bien de les revoir même s'ils nous prennent pour des folles de retourner là-bas! On passe une très bonne soirée, on rigole bien. De quoi nous remonter le moral après cette semaine décevante dans les oranges.
Voilà, nous retournons donc à Childers en espérant que le boulot sera mieux. On se dit qu'on a fait une erreur quelque part, peut-être celle d'être venue s'enterrer ici. Peut-être qu'on n'a pas assez cherché ailleurs. Enfin, un voyage sans galère ne serait pas un voyage!
La suite au prochain épisode...

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